lundi 12 janvier 2009

Avis aux Grenoblois...

Le prochain séminaire du LARHRA aura lieu le Mercredi 21 janvier 2009 – 16h30, à Grenoble - Maison des Sciences de l’Homme-Alpes.
Il portera sur : "Les lois mémorielles"
Apparue au cours des débats sur l’article 4 de la loi du 23 février 2005, l’expression de « lois mémorielles » renvoie à quatre textes : la loi Gayssot du 13 juillet 1990 qui crée le délit de négationnisme du génocide des Juifs ; la loi du 29 janvier 2001 « relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915 » ; la loi du 21 mai 2001 « tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité » ; la loi du 23 février 2005 « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ».
L’article 4 de cette dernière loi (abrogé par décret du 15 février 2006)
– qui affirmait que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord... »
– a suscité une forte réaction de la part de la communauté historienne. En décembre 2005, une pétition Liberté pour l’histoire a été lancée par 19 historiens de renom que le magazine L’histoire a relayés. Cette pétition demandait l’abrogation de toutes les lois mémorielles au motif que « dans un État libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’État, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire. »
Le débat a, depuis lors, porté sur la légitimité de telles lois, dans un contexte de montée des revendications mémorielles et communautaires mais aussi de phénomènes de repentance et de victimisation de certains groupes et plus largement des sociétés contemporaines.
Depuis l’intervention récente de plus en plus prégnante du politique en matière d’histoire et de récit historique et mémoriel, le consensus semble s’être affermi autour de la défense du métier et de la résistance à l’ingérence du politique dans l’écriture de l’histoire et la fabrication de la mémoire collective. Il n’empêche. Le débat reste fort, notamment sur internet, où la défense de certaines lois mémorielles reste d’actualité. C’est bien la question de l’écriture de l’histoire, la capacité à désigner des mémoires acceptables que révèle ce débat autant que l’interrogation sur la légitimité à faire reconnaître l’indépendance du travail et de la recherche historique.
Ces questions seront débattues par Guy PERVILLÉ, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Toulouse, avec la participation de Laurent DOUZOU, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Lumière-Lyon 2, et Anne-Marie GRANET-ABISSET, professeure d’histoire contemporaine à l’Université Pierre Mendès France.
Second débat organisé par le LARHRA autour d’un thème commun « les questions qui fâchent », ce séminaire ambitionne de faire le point sur les usages sociaux et politiques de la mémoire notamment lorsque celle-ci devient un enjeu catégoriel et communautaire affirmé et défendu par le politique. Bref lorsque histoire et mémoire ressortent davantage de la sphère idéologique que de la sphère scientifique.

dimanche 11 janvier 2009

Conférences en ligne

C'est à écouter en ligne sur le site de l'ENS dévolu à la diffusion des savoirs : L’historien et la justice : expertise, preuve, témoignage. Et le savoir vient à vous ! Bonne semaine.

mardi 6 janvier 2009

Demain, à l'ENS, Gérard Noiriel en conférence !


Pour commencer l'année en beauté, demain 7 janvier 2009, à l'ENS, se tient une journée d'étude intitulée "Mémoires, justice et sciences sociales". Le programme est à consulter sur le site de l'ENS. Je sais que vous manquez de temps, et il n'est sans doute pas nécessaire d'assister à l'intégralité de la journée, mais la conclusion peut (va !) vous intéresser :

Conférence (18h-19h30) :

Gérard Noiriel (EHESS, directeur d'études) donne une conférence sur "Les usages politiques de l'histoire".

Ses principaux chantiers de recherche concernent les ouvriers, l’immigration et l’identité nationale aux XIX-XXe siècles. A publié, entre autres livres, Longwy. Immigrés et prolétaires, (PUF, 1984), Le creuset français. Histoire de l’immigration (Seuil, 1988), L’identification. Genèse d’un travail d’État (Belin, 2007). D’autres de ses ouvrages abordent le « métier d’historien », comme Sur la crise de l’histoire (Belin, 1996), et Penser avec, penser contre (Belin, 2003). Ses divers engagements critiques caractérisent sa pratique d'historien. Il a récemment été auditionné lors des missions parlementaires sur les lois mémorielles (mai-juin 2008). Il est le co-fondateur du Comité de Vigilance face aux Usages publics de l'Histoire.

samedi 3 janvier 2009

Bonne année 2009 !

Bonne année 2009 à tous, en espérant qu'elle vous apportera la réussite que vous méritez, et l'épanouissement personnel que vous espérez. Afin de se redonner un peu de coeur à l'ouvrage en cette période difficile d'après fêtes, sachez que les postes offerts au concours cette année sont tombés : 616 postes au CAPES d'histoire-géo (contre 604 l'an dernier) ! La confirmation est en ligne sur le site de l'Education nationale : http://www.education.gouv.fr/cid4589/postes-offerts-au-capes-externe.html.
C'est donc plutôt une bonne nouvelle. Les protestations du monde enseignant auraient-elles été entendues ? Bref, vous avez toutes vos chances, il faut encore tenir quelques semaines, jusqu'au bout de la dernière ligne droite. Hauts les cœurs !
Et n'oubliez pas de lire les rapports de jury, qui sont également en ligne.

mardi 30 décembre 2008

Affaire Faurisson / Dieudonné, suite (et fin, on l'espère)

Ce matin (30 décembre), entre 6 h et 6h30, j'ai été très choquée d'entendre le journaliste d'Inter parler de l'invitation par M. Dieudonné de "l'historien négationniste Robert Faurisson". Si l'on veut vraiment mettre en avant les titres universitaires de ce monsieur, on peut peut-être se référer à sa carte de visite qui indique : "Robert Faurisson, maître de conférences. Littérature française du XXe siècle. Spécialité: critique de textes et documents".
Rappelons que, pour être historien, il faut avoir soutenu une thèse dans cette discipline, mais il faut également se soumettre régulièrement à la critique de ses pairs (c'est la fonction des colloques et des publications dans des revues à comité de lecture), et se soumettre à une déontologie historienne qui, si elle n'interdit aucun sujet de recherche, implique la mise en oeuvre d'une méthode éprouvée (critique interne et externe des sources), la transparence quant à ses affirmations (c'est la fonction des notes de bas de page, qui sont autant de références auxquelles le lecteur peut retourner s'il veut s'assurer de la vérité du discours historique qui lui est servi) et la bonne foi.
Lors de son procès en 1981, c'est d'ailleurs à ce titre que M. Faurisson a été condamné,le tribunal déclarant que « sans avoir à rechercher si un tel discours constitue ou non une “falsification de l’histoire” [… il est avéré que] M. Faurisson manque aux obligations de prudence, de circonspection objective et de neutralité intellectuelle qui s’imposent au chercheur qu’il veut être ». Si l'historien n'a pas de "serment de Clio" comme le médecin a un "serment d'Hippocrate", il n'en demeure pas moins qu'il a une déontologie. À bon entendeur...

J'en profite pour faire un rapide tour d'horizon de ces condamnations "sur la forme" de propos négationnistes. Dans un certain nombre de procès, c’est en fait la façon de faire de l’histoire qui est jugée, la forme du travail donc, mais pas le fond. Par rapport à la jurisprudence du crime contre l’humanité, cela soulève évidemment un problème : on risque de voir le juge « dire l’histoire » ou même dire quelle est la bonne méthode historique. En fait, dans la mesure où la justice, en tant qu’institution étatique, doit rester neutre pour ne pas brider la recherche scientifique, le juge doit marcher sur des œufs. Il s’agit pour lui de se prononcer non sur le résultat du travail de l’historien, mais sur sa méthode et sa déontologie. Il ne s’agit pas de défendre une vérité officielle, mais de trancher sur la qualité du travail de l’historien.

1. Zeev Sternhell versus Bertrand de Jouvenel à propos du livre Ni droite, ni gauche : l’idéologie fasciste en France, Paris, Fayard, 2000, 543 p. (octobre 1983)
Dans cet ouvrage, Sternhell rappelle le passé du politologue Bertrand de Jouvenel et ses idées proches du fascisme. Il cherche à démontrer que l’idéologie fasciste s’est développée en France dans les années 1930 en le citant, et ce dernier le poursuit donc pour diffamation. L’historien est condamné au motif qu’il aurait dû questionner des témoins de l’époque (ce qu’il n’a pas fait) et qu’il a même récusé le témoignage de Bertrand de Jouvenel. Ce n’est pas sur l’existence ou non des faits historiques que le juge se prononce, mais sur le caractère diffamatoire ou attentatoire à la mémoire du récit de l’historien.
Intervention d’Ernst Nolte, François Furet, Raoul Girardet, Maurice Agulhon, Jean-Pierre Azéma, René Rémond, Eugen Weber, George Mosse, etc… tous à la demande de Zeev Sternhell. Ce dernier est pourtant condamné pour diffamation.

2. Affaire Bernard Lewis
L’historien américain Bernard Lewis est poursuivi par diverses associations parce qu’il nie le caractère génocidaire des massacres d’arméniens perpétrés en 1915 (mais il ne nie pas leur existence, attention !). Il est condamné par le tribunal, mais pas sur le fond de l’affaire. « Les tribunaux n’ont pas pour mission d’arbitrer ou de trancher les polémiques ou controverses qu’ils sont susceptibles de provoquer, de décider comment doivent être représentés et caractérisés tel ou tel épisode de l’histoire nationale ou mondiale », déclare le juge. En revanche, c’est la responsabilité de l’historien en tant que tel qui est engagée car « l’historien engage sa responsabilité envers les personnes concernées lorsque par dénaturation ou par falsification, il présente comme véridiques des allégations manifestement erronées ou omet, par négligence grave, des événements ou opinions rencontrant l’adhésion de personnes assez qualifiées et éclairées pour que le souci d’une exacte information lui interdise de les passer sous silence ». Lewis est donc condamné, par comparaison de son discours avec celui d’autres historiens.

dimanche 28 décembre 2008

Oui, "on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui" (Desproges)


À l'heure où l'humoriste (??) Dieudonné dérape encore, et invite le négationniste (je souligne, on entend trop souvent parler de "révisionniste", attitude normale en histoire) Robert Faurisson, condamné à plusieurs reprises pour avoir nié le génocide des juifs, afin de lui remettre “le prix de l’infréquentabilité et de l’insolence”, prix remis par son technicien Jacky dans “son habit de lumière”, à savoir vêtu en déporté juif (qu'est-ce qu'on se marre...), et pour sortir d'une polémique stérile dans laquelle on n'a d'ailleurs guère envie d'entrer (personnellement, j'évite de discuter avec les imbéciles), je vous invite à vous rendre au musée des Beaux-Arts de Lyon, où se tient à l'heure actuelle une magnifique exposition temporaire : "1945-1949. Repartir à zéro,comme si la peinture n'avait jamais existé". Les œuvres exposées sont peu connues, et le parcours muséographique est passionnant. En 1945, le monde se réveille du long cauchemar de la Seconde Guerre mondiale, entre joie et désespoir, joie d'une liberté retrouvée, désespoir de constater que le pire avait eu lieu. L'humanité a prouvé qu'elle était capable de se détruire elle-même, jusqu'à l'innommable. Il semble qu'il faille aujourd'hui, plus que jamais, nommer l'innommable, pour qu'il ne soit plus possible que le Zénith de Paris soit plein de spectateurs hilares à ce genre de "plaisanteries". Dans cette exposition, ce sont les diverses modalités d'expression nouvelles envisagées par les artistes au lendemain de la guerre qui sont explorées. La question centrale : "comment continuer à faire de l'art au lendemain de l'horreur ? comment exprimer ces atrocités alors même qu'elles relèvent de l'inimaginable ?".
Du coup, j'en profite pour évoquer la figure de Pierre Vidal-Naquet (1930-2007), grand spécialiste de la Grèce antique et intellectuel engagé. Né dans une famille juive, il a 9 ans lorsqu'éclate la guerre. Il raconte en ces termes sa découverte de l'histoire : « Toute ma vie a été marquée par le récit que m'a fait mon père à la fin de 1941 ou au début de 1942 de l'affaire Dreyfus [...] C'est aussi à travers l'Affaire que j'ai été formé non seulement à la politique mais à la morale et à l'histoire. » En mai 1944, ses parents furent arrêtés à Marseille puis déportés à Auschwitz où ils furent exterminés. Cette expérience l’incita plus tard à s’engager dans la vie de la cité, en tant qu’historien. Il est une des grandes figures de la lutte contre le négationnisme. La suite est à lire ici : Vidal Naquet

mardi 16 décembre 2008

Histoire et mémoire

Pour vous mettre en jambe, en attendant la conférence de Gilles Boyer sur "Histoire et mémoire" demain matin (jeudi 19 décembre), ainsi que pour préparer mon TD (pour ceux qui le suivent), je mets en ligne un dossier du Monde paru en septembre 2006 qui s'interroge sur les liens qui existent entre colonisation et immigration. Question d'actualité s'il en est.
J'y ajoute quelques liens intéressants, pour d'éventuelles lectures :
- Vers la revue Hommes & Migrations, dont le n°1228 porte sur "L'héritage colonial"
- Vers le site de l'ACHAC (Association pour la Connaissance de l'Histoire de l'Afrique Contemporaine) qui mène de très nombreux travaux sur le sujet

De la colonisation à l’immigration
 
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