mercredi 17 juin 2009

Ce soir, c’est quoi le linguistic turn ?

On peut jouer les Canadiens et préférer parler de « tournant linguistique » (surtout quand on a un accent anglais aussi peu convaincant que le mien).

En quelques mots :

- QUOI ? La thèse centrale de ce « courant de pensée » (en fait, il est difficile de le définir comme tel car on peine à en trouver les initiateurs) est la suivante : la réalité demeure hors de toute prise, le langage seul peut l’exprimer et le langage seul constitue une réalité. En histoire, cela implique de ne s’intéresser qu’au langage ou au discours, qui deviennent donc objets d’étude. Cela se justifie épistémologiquement : étant donné qu’il travaille sur des textes (le plus souvent), que la réalité qu’il analyse n’est accessible que par la médiation du langage puisqu’elle est passée par définition, l’historien n’appréhende en fait que la représentation discursive de la réalité.
Dans cette vision, l’histoire ne serait plus une discipline scientifique, mais deviendrait un genre littéraire, qui doit être appréhendé en privilégiant la critique textuelle. En clair : il n’existe aucune différence entre ouvrage historique et ouvrage de fiction pour les partisans du linguistic turn. Le régime de vérité du discours historique n’est en rien supérieur à celui du roman. C’est bousculer les fondements de la connaissance historique quand à la vérité et à sa quête, ou à la question de l’objectivité de l’historien, et abolir toute différence entre « réalité » et « représentations ». L’histoire ainsi conçue est une activité purement rhétorique.
Signalons au passage que la reconnaissance de l’appartenance du discours historique à la catégorie des récits n’est alors pas tout à fait nouvelle. En 1970, dans un essai provocateur (Comment on écrit l'histoire), Paul Veyne ironise sur les prétentions de l’histoire à échapper aux catégories littéraires du récit et de la mise en intrigue. Michel de Certeau lui avait répliqué en insistant sur l’importance de l’« institution du savoir » et des pratiques qui légitimaient et limitaient les choix d’une écriture historique dont il ne contestait cependant pas la dimension narrative (L’Écriture de l'histoire, 1975). Paul Ricœur, pour sa part, a souligné la force des intentions de vérité du discours de l’historien qui le démarque de la fiction (Temps et récit, 3 vol., 1983-1985). Alors que d’autres historiens (Carlo Ginzburg) se sont efforcés de mettre en évidence les conditions de la production de la preuve ou de la falsification en histoire, Roger Chartier précise que « même s’il écrit dans une forme littéraire, l’historien ne fait pas de la littérature » du fait de sa dépendance à l’archive (qui est l’ensemble des traces d’un réel passé) et aux critères de scientificité ainsi qu’aux opérations techniques de son métier.

- QUAND ? Ce courant historiographique apparaît aux États-Unis à la fin des années 1960. Il s’est érigé comme critique de l’histoire économique et sociale de l’École des Annales.
D’abord essentiellement américain, ce courant touche l’Europe dès la fin des années 1980, et notamment la France (et c’est là que c’est drôle puisqu’on redécouvre alors des auteurs français – Foucault et Derrida principalement – représentants le french feminism pour les Américains alors qu’eux-mêmes n’ont jamais revendiqué une telle appellation), et s’étend progressivement aux autres domaines de la recherche historique. Le linguistic turn influence par la suite la gender history et le new historicism.

- QUI ? Les partisans de cette méthode s’appuient principalement sur la philosophie post-structuraliste des tenants de la déconstruction : Jacques Derrida et Michel Foucault. On peut leur ajouter Roland Barthes et Gilles Deleuze.
Le départ peut être situé au moment de la publication de l’anthologie de Richard Rorty (dir.), The Linguistic Turn. Recent Essays in Philosophical Method (1967).
Il faut aussi citer le livre d’Hayden White, Metahistory. The Historical Imagination in Nineteenth Century Europe (1973).
Pour donner des exemples d’ouvrages historiques accessibles en français qui adoptent cette perspective on peut citer l’historienne américaine Joan W. Scott pour laquelle l’histoire du féminisme, qui est certes une histoire en soi, ne peut être comprise hors d’une analyse critique des discours et des représentations démocratiques (La Citoyenne paradoxale. Les féministes françaises et les droits de l'homme, 1998). Parmi les historiens français, ce sont essentiellement Gérard Noiriel (il en est question dans La crise de l'histoire, 1996) et Roger Chartier (Au bord de la falaise. L'histoire entre certitudes et inquiétudes qui date de 1998 et dont on trouverai ici un compte-rendu pour travailler efficacement, ou encore l'article consultable ici) qui ont médiatisé ce courant de pensée.

Pour compléter cette réponse rapide je vous renvoie aussi à l'adresse suivante : http://lethiboniste.blogspot.com/2006_07_01_archive.html

mardi 16 juin 2009

Le "temps" en géographie


Le jury aime parfois « croiser » les notions, pour interroger là où on ne l’attend pas (ou plutôt, à l’opposé de là où on l’attend). Ce soir, j’ai donc décidé de faire un petit point sur la notion de « temps » en géographie (pour ce qui est de la notion de « temps » en histoire, vous avez eu une conférence et vous êtes donc au point). En revanche, il faudrait aussi réfléchir à la notion d’ « espace » en histoire… À bon entendeur !

Pour cette thématique, il faut citer quelques géographes importants :
Jean Tricart (1920-2003), qui travaille en géomorphologie sur le temps non linéaire, marqué par des crises, des seuils et des évolutions lentes.
Torsten Hägerstrand (1912-2004), un géographe suédois qui, pour la première fois, propose une véritable approche géographique du temps (il appartient à l’école géographique de Lund) : c’est la time geography, qui procède à la modélisation de trajectoires dans un système de coordonnées à 3 dimensions (dont le temps). Le but : parvenir à étudier l’action humaine dans l’espace de façon dynamique et à analyser, grâce à cela, des problèmes de localisation
Citons encore Denise Pumain (pour l’analyse spatiale, qui requiert bien sûr qu’on s’inscrive dans le temps), Georges Bertrand (le fameux géosystème intègre une dimension temporelle), Jacques Lévy (rappelons qu’il est le co-fondateur de la revue Espace-Temps ou bien Donald Janelle, un géographe anglo-saxon qui développe le concept d’ « espace-temps ».

Le temps, c’est le cadre dans lequel se développe le possibilisme vidalien, prolongé et systématisé par Fernand Braudel (l’espace permet de continuer la lutte contre l’histoire événementielle en introduisant une échelle temporelle : la longue durée). L’historien des Annales tend donc à réduire l’espace à une temporalité particulière (le temps géographique, ou temps long). Cette géographie est intimement liée au temps, mais c’est un temps presque immobile.
Dans les années 1950, en réaction à l’utilisation de la géographie par les historiens, des géographes plaident pour une géographie qui colle à l’actualité. C’est le cas de Pierre Georges, qui s’implique dans l’élaboration des bilans politiques ou économiques annuels du monde. Cette nouvelle génération de géographes prend bien en compte le temps politique, afin de transposer les connaissances géographiques dans le domaine de l’aménagement.
Dans les années 1980, la question du temps commence à vraiment intéresser les géographes français. Ils reprennent alors des concepts anglo-saxons (la contraction de l’espace-temps de Donald Janelle) et développement des réflexions originales (la réflexion géohistorique).
Plus récemment, la géographie post-moderniste d’Edward Soja proclame la fin du temps dans un monde en réseau mais fragmenté et considère le nouveau siècle comme celui du triomphe du lieu sur le temps.

Peut-on mesurer l’espace en termes de temps ? Quelles implications cela a-t-il ? On peut, bien sûr, mesurer l’espace en termes de temps (cf. illustration).
Ainsi, les Inuits mesurent la distance d’un camps à un autre en termes de nuits passées (nuits = sommeils). On décide des limites départementales dans la France révolutionnaire pour que chaque point du département puisse être rallié en un jour de cheval (aller et retour) depuis le chef-lieu.

Le temps en géographie permet d’analyse des phénomènes de tendances, de diffusion. Le temps intervient comme moyen de mesure, il permet de définir des rythmes (par exemple, la progression d’une maladie dans l’espace par la contagion lente d’un territoire à son voisin, ou par sauts spatiaux quand elle est transmise par des voyageurs (l’actualité récente nous en a donné de nombreux exemples).

Ajoutons enfin que, généralement, les modèles utilisés par les géographes intègrent implicitement la notion de temps, en postulant l’antériorité de la cause sur sa conséquence…

vendredi 29 mai 2009

Après les résultats

Les résultats sont tombés. Il faut maintenant gérer l'après, que l'on ait réussi ou non. C'est pourquoi nous vous proposons des permanences à l'IUFM, tous les jours en fin d'après-midi, de préférence sur inscription de votre part (envoyez-moi simplement un petit mail pour que je sache si nous devons attendre quelqu'un ou non).
La permanence se tient entre 17 h et 19 h. Demandez Muriel Salle ou Michelle Zancarini-Fournel à l'accueil. Nous commençons jeudi prochain 4 juin. Elle est ouverte pour ceux qui sont admissibles (conseils pratiques ou "disciplinaires", précisions sur tel ou tel sujet à la carte dans la mesure du possible, c'est-à-dire de nos compétences) et pour ceux qui ne le sont pas et s'interrogent (recommencer ou non ? pourquoi ? comment ? gérer la déception...)

Félicitations aux admissibles. Plein de courage à tous les autres.


jeudi 23 avril 2009

Le cours sur l'historiographie de la Révolution française est en ligne

Avis à la population des PCL1, l'activité sur votre blog préféré reprend... Il faut se remettre en selle en vue des oraux. On s'accroche. En ligne donc le Power Point de Michelle Zancarini-Fournel sur l'historiographie de la Révolution française.
Bon travail.

Historio RF

mardi 17 février 2009

Ce soir, sur France Culture

L'émission du Grain à moudre de ce soir, mardi 17 février 2009, porte sur le sujet suivant : "Faut –il changer de PAC pour nourrir la planète ?". Voilà qui devrait vous intéresser, en ces temps de révisions et de grisaille.
COURAGE ! Le bout du tunnel n'est plus très loin.

lundi 19 janvier 2009

Pour se mettre au point sur l'actualité de la recherche

Je vous signale la parution d'un Grand Dossier de la revue Sciences Humaines intitulé "Paroles d'historiens". Vous pourrez y lire un panorama des interviews d'historien réalisées par la revue depuis 10 ans. Un moyen efficace et pas désagréable de compléter sa culture générale.

jeudi 15 janvier 2009

Le cours de Didier Nourrisson est en ligne

Des éléments du cours consacré aujourd'hui par Didier Nourrisson à l'Histoire sociale sont en ligne : Histoire Sociale
Et vous trouverez également ci-joint le Power Point qui accompagnait sa conférence : L’histoire Sociale en France

lundi 12 janvier 2009

Avis aux Grenoblois...

Le prochain séminaire du LARHRA aura lieu le Mercredi 21 janvier 2009 – 16h30, à Grenoble - Maison des Sciences de l’Homme-Alpes.
Il portera sur : "Les lois mémorielles"
Apparue au cours des débats sur l’article 4 de la loi du 23 février 2005, l’expression de « lois mémorielles » renvoie à quatre textes : la loi Gayssot du 13 juillet 1990 qui crée le délit de négationnisme du génocide des Juifs ; la loi du 29 janvier 2001 « relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915 » ; la loi du 21 mai 2001 « tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité » ; la loi du 23 février 2005 « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ».
L’article 4 de cette dernière loi (abrogé par décret du 15 février 2006)
– qui affirmait que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord... »
– a suscité une forte réaction de la part de la communauté historienne. En décembre 2005, une pétition Liberté pour l’histoire a été lancée par 19 historiens de renom que le magazine L’histoire a relayés. Cette pétition demandait l’abrogation de toutes les lois mémorielles au motif que « dans un État libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’État, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire. »
Le débat a, depuis lors, porté sur la légitimité de telles lois, dans un contexte de montée des revendications mémorielles et communautaires mais aussi de phénomènes de repentance et de victimisation de certains groupes et plus largement des sociétés contemporaines.
Depuis l’intervention récente de plus en plus prégnante du politique en matière d’histoire et de récit historique et mémoriel, le consensus semble s’être affermi autour de la défense du métier et de la résistance à l’ingérence du politique dans l’écriture de l’histoire et la fabrication de la mémoire collective. Il n’empêche. Le débat reste fort, notamment sur internet, où la défense de certaines lois mémorielles reste d’actualité. C’est bien la question de l’écriture de l’histoire, la capacité à désigner des mémoires acceptables que révèle ce débat autant que l’interrogation sur la légitimité à faire reconnaître l’indépendance du travail et de la recherche historique.
Ces questions seront débattues par Guy PERVILLÉ, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Toulouse, avec la participation de Laurent DOUZOU, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Lumière-Lyon 2, et Anne-Marie GRANET-ABISSET, professeure d’histoire contemporaine à l’Université Pierre Mendès France.
Second débat organisé par le LARHRA autour d’un thème commun « les questions qui fâchent », ce séminaire ambitionne de faire le point sur les usages sociaux et politiques de la mémoire notamment lorsque celle-ci devient un enjeu catégoriel et communautaire affirmé et défendu par le politique. Bref lorsque histoire et mémoire ressortent davantage de la sphère idéologique que de la sphère scientifique.

dimanche 11 janvier 2009

Conférences en ligne

C'est à écouter en ligne sur le site de l'ENS dévolu à la diffusion des savoirs : L’historien et la justice : expertise, preuve, témoignage. Et le savoir vient à vous ! Bonne semaine.

mardi 6 janvier 2009

Demain, à l'ENS, Gérard Noiriel en conférence !


Pour commencer l'année en beauté, demain 7 janvier 2009, à l'ENS, se tient une journée d'étude intitulée "Mémoires, justice et sciences sociales". Le programme est à consulter sur le site de l'ENS. Je sais que vous manquez de temps, et il n'est sans doute pas nécessaire d'assister à l'intégralité de la journée, mais la conclusion peut (va !) vous intéresser :

Conférence (18h-19h30) :

Gérard Noiriel (EHESS, directeur d'études) donne une conférence sur "Les usages politiques de l'histoire".

Ses principaux chantiers de recherche concernent les ouvriers, l’immigration et l’identité nationale aux XIX-XXe siècles. A publié, entre autres livres, Longwy. Immigrés et prolétaires, (PUF, 1984), Le creuset français. Histoire de l’immigration (Seuil, 1988), L’identification. Genèse d’un travail d’État (Belin, 2007). D’autres de ses ouvrages abordent le « métier d’historien », comme Sur la crise de l’histoire (Belin, 1996), et Penser avec, penser contre (Belin, 2003). Ses divers engagements critiques caractérisent sa pratique d'historien. Il a récemment été auditionné lors des missions parlementaires sur les lois mémorielles (mai-juin 2008). Il est le co-fondateur du Comité de Vigilance face aux Usages publics de l'Histoire.

samedi 3 janvier 2009

Bonne année 2009 !

Bonne année 2009 à tous, en espérant qu'elle vous apportera la réussite que vous méritez, et l'épanouissement personnel que vous espérez. Afin de se redonner un peu de coeur à l'ouvrage en cette période difficile d'après fêtes, sachez que les postes offerts au concours cette année sont tombés : 616 postes au CAPES d'histoire-géo (contre 604 l'an dernier) ! La confirmation est en ligne sur le site de l'Education nationale : http://www.education.gouv.fr/cid4589/postes-offerts-au-capes-externe.html.
C'est donc plutôt une bonne nouvelle. Les protestations du monde enseignant auraient-elles été entendues ? Bref, vous avez toutes vos chances, il faut encore tenir quelques semaines, jusqu'au bout de la dernière ligne droite. Hauts les cœurs !
Et n'oubliez pas de lire les rapports de jury, qui sont également en ligne.

mardi 30 décembre 2008

Affaire Faurisson / Dieudonné, suite (et fin, on l'espère)

Ce matin (30 décembre), entre 6 h et 6h30, j'ai été très choquée d'entendre le journaliste d'Inter parler de l'invitation par M. Dieudonné de "l'historien négationniste Robert Faurisson". Si l'on veut vraiment mettre en avant les titres universitaires de ce monsieur, on peut peut-être se référer à sa carte de visite qui indique : "Robert Faurisson, maître de conférences. Littérature française du XXe siècle. Spécialité: critique de textes et documents".
Rappelons que, pour être historien, il faut avoir soutenu une thèse dans cette discipline, mais il faut également se soumettre régulièrement à la critique de ses pairs (c'est la fonction des colloques et des publications dans des revues à comité de lecture), et se soumettre à une déontologie historienne qui, si elle n'interdit aucun sujet de recherche, implique la mise en oeuvre d'une méthode éprouvée (critique interne et externe des sources), la transparence quant à ses affirmations (c'est la fonction des notes de bas de page, qui sont autant de références auxquelles le lecteur peut retourner s'il veut s'assurer de la vérité du discours historique qui lui est servi) et la bonne foi.
Lors de son procès en 1981, c'est d'ailleurs à ce titre que M. Faurisson a été condamné,le tribunal déclarant que « sans avoir à rechercher si un tel discours constitue ou non une “falsification de l’histoire” [… il est avéré que] M. Faurisson manque aux obligations de prudence, de circonspection objective et de neutralité intellectuelle qui s’imposent au chercheur qu’il veut être ». Si l'historien n'a pas de "serment de Clio" comme le médecin a un "serment d'Hippocrate", il n'en demeure pas moins qu'il a une déontologie. À bon entendeur...

J'en profite pour faire un rapide tour d'horizon de ces condamnations "sur la forme" de propos négationnistes. Dans un certain nombre de procès, c’est en fait la façon de faire de l’histoire qui est jugée, la forme du travail donc, mais pas le fond. Par rapport à la jurisprudence du crime contre l’humanité, cela soulève évidemment un problème : on risque de voir le juge « dire l’histoire » ou même dire quelle est la bonne méthode historique. En fait, dans la mesure où la justice, en tant qu’institution étatique, doit rester neutre pour ne pas brider la recherche scientifique, le juge doit marcher sur des œufs. Il s’agit pour lui de se prononcer non sur le résultat du travail de l’historien, mais sur sa méthode et sa déontologie. Il ne s’agit pas de défendre une vérité officielle, mais de trancher sur la qualité du travail de l’historien.

1. Zeev Sternhell versus Bertrand de Jouvenel à propos du livre Ni droite, ni gauche : l’idéologie fasciste en France, Paris, Fayard, 2000, 543 p. (octobre 1983)
Dans cet ouvrage, Sternhell rappelle le passé du politologue Bertrand de Jouvenel et ses idées proches du fascisme. Il cherche à démontrer que l’idéologie fasciste s’est développée en France dans les années 1930 en le citant, et ce dernier le poursuit donc pour diffamation. L’historien est condamné au motif qu’il aurait dû questionner des témoins de l’époque (ce qu’il n’a pas fait) et qu’il a même récusé le témoignage de Bertrand de Jouvenel. Ce n’est pas sur l’existence ou non des faits historiques que le juge se prononce, mais sur le caractère diffamatoire ou attentatoire à la mémoire du récit de l’historien.
Intervention d’Ernst Nolte, François Furet, Raoul Girardet, Maurice Agulhon, Jean-Pierre Azéma, René Rémond, Eugen Weber, George Mosse, etc… tous à la demande de Zeev Sternhell. Ce dernier est pourtant condamné pour diffamation.

2. Affaire Bernard Lewis
L’historien américain Bernard Lewis est poursuivi par diverses associations parce qu’il nie le caractère génocidaire des massacres d’arméniens perpétrés en 1915 (mais il ne nie pas leur existence, attention !). Il est condamné par le tribunal, mais pas sur le fond de l’affaire. « Les tribunaux n’ont pas pour mission d’arbitrer ou de trancher les polémiques ou controverses qu’ils sont susceptibles de provoquer, de décider comment doivent être représentés et caractérisés tel ou tel épisode de l’histoire nationale ou mondiale », déclare le juge. En revanche, c’est la responsabilité de l’historien en tant que tel qui est engagée car « l’historien engage sa responsabilité envers les personnes concernées lorsque par dénaturation ou par falsification, il présente comme véridiques des allégations manifestement erronées ou omet, par négligence grave, des événements ou opinions rencontrant l’adhésion de personnes assez qualifiées et éclairées pour que le souci d’une exacte information lui interdise de les passer sous silence ». Lewis est donc condamné, par comparaison de son discours avec celui d’autres historiens.

dimanche 28 décembre 2008

Oui, "on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui" (Desproges)


À l'heure où l'humoriste (??) Dieudonné dérape encore, et invite le négationniste (je souligne, on entend trop souvent parler de "révisionniste", attitude normale en histoire) Robert Faurisson, condamné à plusieurs reprises pour avoir nié le génocide des juifs, afin de lui remettre “le prix de l’infréquentabilité et de l’insolence”, prix remis par son technicien Jacky dans “son habit de lumière”, à savoir vêtu en déporté juif (qu'est-ce qu'on se marre...), et pour sortir d'une polémique stérile dans laquelle on n'a d'ailleurs guère envie d'entrer (personnellement, j'évite de discuter avec les imbéciles), je vous invite à vous rendre au musée des Beaux-Arts de Lyon, où se tient à l'heure actuelle une magnifique exposition temporaire : "1945-1949. Repartir à zéro,comme si la peinture n'avait jamais existé". Les œuvres exposées sont peu connues, et le parcours muséographique est passionnant. En 1945, le monde se réveille du long cauchemar de la Seconde Guerre mondiale, entre joie et désespoir, joie d'une liberté retrouvée, désespoir de constater que le pire avait eu lieu. L'humanité a prouvé qu'elle était capable de se détruire elle-même, jusqu'à l'innommable. Il semble qu'il faille aujourd'hui, plus que jamais, nommer l'innommable, pour qu'il ne soit plus possible que le Zénith de Paris soit plein de spectateurs hilares à ce genre de "plaisanteries". Dans cette exposition, ce sont les diverses modalités d'expression nouvelles envisagées par les artistes au lendemain de la guerre qui sont explorées. La question centrale : "comment continuer à faire de l'art au lendemain de l'horreur ? comment exprimer ces atrocités alors même qu'elles relèvent de l'inimaginable ?".
Du coup, j'en profite pour évoquer la figure de Pierre Vidal-Naquet (1930-2007), grand spécialiste de la Grèce antique et intellectuel engagé. Né dans une famille juive, il a 9 ans lorsqu'éclate la guerre. Il raconte en ces termes sa découverte de l'histoire : « Toute ma vie a été marquée par le récit que m'a fait mon père à la fin de 1941 ou au début de 1942 de l'affaire Dreyfus [...] C'est aussi à travers l'Affaire que j'ai été formé non seulement à la politique mais à la morale et à l'histoire. » En mai 1944, ses parents furent arrêtés à Marseille puis déportés à Auschwitz où ils furent exterminés. Cette expérience l’incita plus tard à s’engager dans la vie de la cité, en tant qu’historien. Il est une des grandes figures de la lutte contre le négationnisme. La suite est à lire ici : Vidal Naquet

mardi 16 décembre 2008

Histoire et mémoire

Pour vous mettre en jambe, en attendant la conférence de Gilles Boyer sur "Histoire et mémoire" demain matin (jeudi 19 décembre), ainsi que pour préparer mon TD (pour ceux qui le suivent), je mets en ligne un dossier du Monde paru en septembre 2006 qui s'interroge sur les liens qui existent entre colonisation et immigration. Question d'actualité s'il en est.
J'y ajoute quelques liens intéressants, pour d'éventuelles lectures :
- Vers la revue Hommes & Migrations, dont le n°1228 porte sur "L'héritage colonial"
- Vers le site de l'ACHAC (Association pour la Connaissance de l'Histoire de l'Afrique Contemporaine) qui mène de très nombreux travaux sur le sujet

De la colonisation à l’immigration

mardi 9 décembre 2008

10 décembre 1948 - 10 décembre 2008 : La Déclaration universelle des droits de l'homme a 60 ans.


La réunion de l'assemblée de l'ONU au Palais Chaillot (Paris), 1948.

Et on en profite pour faire une petite mise au point, à compléter bien sûr. Je vous rappelle que la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen (1789) et la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) sont au programme d'éducation civique en 4e, et que vous devez connaître le contenu des manuels de la 6e à la 3e pour l'ESD.

La DDHC : 17 articles mêlant des dispositions concernant les droits des Hommes (Français, étrangers ou ennemis) qui reprennent des dispositions du Droit des gens, les droits des citoyens (Français) qui rappellent ou renforcent les libertés publiques et les droits de la Société (Nation)qui sont, à proprement parler, constituants. La DDHC est intégrée à la Constitution française (cf. le préambule). Ses dispositions sont de droit positif et et, se plaçant au sommet de la hiérarchie des normes , irriguent l'ensemble du droit français.

La DUDH : Adoptée à Paris à l'initiative de la toute jeune ONU, elle compte 30 articles précise les droits humains fondamentaux. John Peter Humphrey, Eleanor Roosevelt et René Cassin en furent les principaux auteurs. Sans véritable portée symbolique, ce texte a cependant la valeur d'une proclamation de droits.

Pour compléter tout ça, évidemment, voyez le site de France culture, qui consacre ses programmes du jour à cet anniversaire. Émissions, bibliogrpahies, sites internet... tout un dossier sur le sujet. À consulter sans modération.

Au fait, il existe aussi une Convention européenne des droits de l'homme, signée à l'occasion de la conclusion de Traité de Rome. Ce texte juridique international a pour but de protéger les droits de l'homme et les libertés fondamentales en permettant un contrôle judiciaire du respect de ces droits individuels. Il se réfère à la DUDH. Mais là, on retrouve votre programme...

Bon travail.

jeudi 4 décembre 2008

Les lois en histoire

Une petite réflexion philosophique, sur la question des lois en histoire pour que, dans le cas d'un sujet sur les lois et l'histoire, vous ne pensiez pas seulement aux (trop ?) fameuses lois mémorielles. Bonne lecture.
Lois en Histoire

Pour réfléchir sur le concept de "génocide"


En ligne, mes notes de la conférence donnée il y a 2 ans à l'IUFM par Joël Kotek, sur la notion de "génocide", pour poser avec fermeté la définition des termes.
Docteur de l'IEP de Paris, Joël Kotek travaille au Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). Il est secrétaire général du Centre d'études sur l'antisémitisme et la Shoah (CEESAG) et maître de conférence à l'Université libre de Bruxelles. Il enseigne aussi à l'ESJ de Lille et à l'IEP de Paris. Joël Kotek est l'auteur d'ouvrages de référence traduits en plusieurs langues.
Conf. Kotek Génocide

mardi 2 décembre 2008

Pérégrinations sur le net

On trouve parfois des merveilles sur internet. Vous pouvez consulter à l'adresse suivante : http://barthes.ens.fr/clio/outils/biblios/histhist.html une bibliographie concernant l'histoire de l'histoire et les tendances récentes de l'historiographie.

lundi 1 décembre 2008

Une fiche sur "Faits et récits" par Vincent Porhel

En ligne, une fiche sur "faits et récits" réalisée par Vincent Porhel :
Faits et récits

mercredi 26 novembre 2008

Une pensée pour Antoine


Antoine Guillot-Farneti était l'un d'entre vous. Il avait disparu depuis le début du mois de novembre. Nous apprenons aujourd'hui son décès. Ce soir, j'ai une pensée pour lui et pour sa famille. En dépit des enjeux individuels qui sont au coeur de cette année difficile que constitue une année de concours, sachons rester à l'écoute les uns des autres.
 
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